Pour comprendre ce qu’est le SAM (Society of antique modelers – Société d'aéromodélistes de modèles anciens)  je laisse la plume à mon ami André Audrit.

 «  La mission de SAM est de recréer et de faire voler, pour le sport et la compétition, les nombreux modèles "Old timers" qui ont révolutionné les compétitions de vol libre dans la première décennie du vol à moteur (1933 à 1943). (Voir aussi le règlement européen sur le site du SAM qui diffère quelque peu du règlement US)

Le vol "SAM", c'est fondamentalement "Monter et planer". En compétition, la notation se fait par chronométrage du temps de vol, entre le lancement (ou le décollage) et l'atterrissage.
A l'exception de certains événements spéciaux, les modèles ne sont pas jugés sur leur aspect ni la qualité de leur construction.
Après une montée au moteur à une altitude maximale, le vol "SAM", est alors semblable à celui d'un planeur RC en ce que le pilote essaie de profiter des thermiques pour maintenir l'avion en altitude.

Cette année la 12° compétition du SAM Europe a eu lieu à « Valle Gaffaro » dans le delta du Pô surnommé «  la Camargue Italienne ».Mais  on ne fait pas 1250 km sans jouer un peu au touriste. D’ailleurs ma compagne m’avait prévenu « je veux bien t’accompagner  à condition de visiter  les lieux remarquables  de la région ».

Si vous passez par-là, allez visiter  RAVENNE, avec son magnifique  mausolée du 6ieme siècle dont le plafond  décoré de mosaïques pourrait  figer de stupeur  un Michael–Ange. COMACCIO  et son pont à triple entrée et sortie, sans oublier à CODIGORO  l’abbaye de Pomposa (5ieme siècle). C’est d’ailleurs dans cette abbaye que Guido d’Arezzo inventa la gamme musicale telle que nous la connaissons aujourd’hui (Xème siècle).

Nous avons aussi  goûté  tous les fruits produits dans la région et je peux vous  dire qu’ayant mûri sur place, le goût est incomparable par rapport à que nous avons ici. Seul revers à la médaille, il y a des moustiques et ils piquent, je vous laisse deviner  la suite, même les répulsifs  n’y font rien.

Cette année pour la 12ieme édition, 11 pays plus les U.S.A. étaient  présents .Respectivement ce sont L’Espagne, l’Angleterre, l’Italie, La Hongrie, la Slovaquie, la Slovénie, San Marino, la Suède, l’Italie, l’Autriche, la Belgique et les U.S.A. Nous ne pouvons que déplorer  l’absence de l’Allemagne et de la France deux grands pays de l’aéromodélisme.  

La compétition se déroule sur 4 jours, avec un jour de réserve en cas de mauvais temps. Le soleil était au rendez-vous, 30°C  à l’ombre avec un petit vent changeant  souvent de direction. Par contre  le mercredi en fin de matinée nous avons subi un violent orage et les tonnelles de nos amis Yves et Victor furent détruites.

Dans le SAM il y a  11 catégories, c’est dire que tout le monde y trouve sa place. Cette année  nous comptions  89 concurrents. Tous les concurrents sont constructeurs de leur machine, soit à partir d’un plan d’époque ou redessiné, soit à partir d’un short kit. ARF –RTF et autres acronymes ne sont pas de mise en ces lieux.  
Les épreuves se passent dans une atmosphère « bon enfant » au point qu’un directeur de piste de F3A pourrait faire une crise d’apoplexie. Les équipes se chronomètrent elles-mêmes dans une confiance absolue. Il n’y a pas de stress, les pilotes restant  impavides  devant le vol de leur modèle. En tournant votre regard autour de vous, vous constaterez  que vous êtes sur  un continent  gris, il faut savoir que l’âge moyen des participants est de 65 ans, bien alertes ! Et…que  leurs yeux pétillent  toujours comme à 20 ans.
Emergent  quand même çà et là quelques chevelures  noires conquises par cette nouvelle approche modélistique de l’aéromodélisme assurant ainsi  la pérennité de cette discipline.

Chaque jour est dédié à une ou deux catégories.  Les planeurs sont lancés au sandow, le treuil étant banni, les ailes ne résisteraient pas.  La majorité des appareils « moteur » sont lancés à la main, le décollage au sol est cependant imposé pour certaines catégories,  Les participants décident eux-mêmes du moment  pour effectuer leurs vols. Les moteurs ne servent qu’à prendre de l’altitude pendant un nombre de secondes déterminé par la catégorie, ensuite c’est un vol plané comme à la belle époque.
Tout le savoir-faire du participant est de prendre la bonne décision du moment de son départ, cela peut se jouer à 10 secondes près. De bonnes connaissances en aérologie sont nécessaires.
Chacun scrute le ciel, observe les nuages, regarde les autres concurrents  qui ont décidé de voler à ce moment-là  et en tire ses propres conclusions.  Certaines personnes  lisent dans les lignes de la main pour vous prédire l’avenir, eux  ils lisent dans les nuages pour vous prédire une ascendance.  Notre concurrent Victor, dans la catégorie Electrorubber, après deux vols réussis décide de faire le troisième dans  l’enfilade des autres et la thermique avait disparu.       

Il faut  que je vous parle des modèles, et là je peux vous dire que nous sommes transportés dans un autre temps. Ils ont été conçus à une époque où les  moins de 60 ans n’étaient pas encore une lueur dans les yeux de leur père. Chez les « samistes » vous sentez l’amour du bel ouvrage.  Des avions aux  formes qui aujourd’hui peuvent paraitre désuètes et qui ont ce charme indéfinissable du travail bien fait. Des lignes aérodynamiques à faire frémir un concepteur d’avions modernes. De grands bras de leviers arrière, des stabilisateurs aux  profils porteurs et des dièdres démesurés.  En ces temps héroïques tous ces engins étaient des modèles de vol libre. Ils devaient être auto stables.
Actuellement ils sont équipés de radiocommande, certains vous diront qu’ils sont « radio assistés » et d’autres « radio perturbés ».  Chacun est fier de sa construction et pour bien le montrer  un entoilage transparent est souvent utilisé, ce dernier et le moteur électrique ce sont les seules dérogations au modernisme. Quelques rares concurrents faisant preuve d’un art consommé du modélisme aérien ont entoilé leur modèle d’un revêtement à la soie, portant au pinacle le savoir-faire en la matière. Sinon ce sont du samspan et polyspan qui sont employés.
Autre caractéristique, les participants au SAM se font un plaisir d’indiquer le nom du modèle mais surtout l’année de conception de celui-ci. (C’est  une obligation) 

Que dire du vol de ces aérodynes d’une époque révolue, qui ont cette élégance majestueuse des choses faites de dentelle de bois. Pour le comprendre il suffit de voir notre comportement quand devant nous passe un ancêtre de la route, nous nous arrêtons pour le regarder  avec admiration. Eh bien pour  ces machines volantes c’est pareil, le regard est capté par la majestueusité des circonvolutions dans l’air de ces modèles d’un autre temps.  Notre corps reste cloué sur place, subjugué par la lenteur de leurs mouvements et vous êtes pris d’une fascination indescriptible en voyant le dandinement de ces modèles.

En compétition il n’est pas rare de voir en plein ciel sept à huit modèles voler de concert. Alors là ,nous sommes pris d’un sentiment qui se trouve être  entre stupéfaction et émerveillement, devant la beauté d’un ballet qui n’a d’égal qu’un tableau du Caravage ou de Botticelli (oui nous sommes bien en Italie)          

C’est avec joie que les équipes étrangères virent débarquer nos compétiteurs belges. C’est toujours un plaisir de se revoir, la participation Belge depuis 4 ans ayant favorisé ces nombreux contacts.

Voici les résultats :

Electrorubber Bonjean Victor 9e / 20
(ancien moteur caoutchouc remplacer par un petit moteur électrique)
 
OTVR(planeur) Yves Bourgeois 30e / 35( avec l’ibis de Jacquy)  
EloT Bonjean Victor 19e/38 Yves Bourgeois 33e / 38
Speed 400 Bonjean Victor 6e / 20 Yves Bourgeois 17e / 20
1/2 A Texaco (cox) Bockland Pierre 20e/31 Yves Bourgeois 25e / 31


 Toutes nos félicitations à nos trois concurrents qui en bravant le soleil et les moustiques se sont mesurés à  l’Europe entière.

La réunion de tous les SAM Europe a eu lieu le soir du second jour, pour décider du lieu des prochaines compétitions, en 2015 elles se dérouleront  en Tchéquie et en 2016 en Slovaquie.
Ensuite vient la discussion pour l’organisation du 15ieme SAM Europe(2017) et unanimement les participants ont désigné  la Belgique. Il nous reste à dénicher le lieu où cela pourra se faire, c’est une organisation qui se prépare plus d’un an à l’avance.  

Bruno Scordo  (+Yves Bourgeois)